A fleur de peau

Je ne suis pas lubrique.

Non. Je suis juste dépendant. Des caresses, du corps féminin, de l'affection, de la douceur et de la sensualité induits par une relation charnelle. Avec le temps et le couple qui se construit, j'ai appris à ne plus aimer le corps des femmes mais davantage le corps d'une femme; de ma compagne. Chaque instant est motivé par le désir, par cette volonté de découvrir le moindre espace de peau. Chaque plie cache un recoin, chaque recoin est autant de nouveautés. Un appel à l'aventure où la curiosité se mêle à l'envie. Le désir de sa peau est avant tout un désir de découverte.

Je veux te connaître par cœur et pourtant, ton corps est mon seul inconnu.

Le terme grossesse est si laid. A prononcer encore plus qu'à écrire. Il sonne comme des boursouflures, comme un état de mutation. Je sais que pour bien des hommes, ce changement implique une modification du désir, de la perception du corps de sa compagne. Pourtant, je n'ai jamais réussi à éprouver autre chose qu'un désir grandissant. Le corps de la femme change, évolue, s'adapte. Des plies disparaissent sous les formes d'une peau tirée. La douceur change en certaines zones et se démultiplie sur d'autres espaces. Autant de découvertes qui s'annoncent. Et elle est si belle.

Une curiosité et un désir sublimés par la beauté du corps féminin qui se prépare à donner la vie.

Avec l'annonce des malformations impliquant une nouvelle IMG, je retrouve les mêmes ressentis que l'année passée. Le désir se mue en doutes. La curiosité laisse place aux craintes. L'envie devient rejet.

Ce corps que je chéris porte la souffrance qui le transforme. Ce corps qui prépare la vie porte des douleurs. De cette femme qui voit ses rêves s'éteindre; de mon amoureuse qui sait quelles épreuves physiques l'attendent.

Je ne peux plus m'en approcher. Un baiser, une simple étreinte. Je n'y arrive plus. Je n'y arrive pas. Et ce ventre qui s'arrondit est une barrière devant laquelle je n'ose plus m'approcher.

Elle aurait besoin de moi. De mon affection, de douceur. Je n'arrive qu'à fuir. Son corps est meurtri et le pire est à venir. Cette douleur me fige, m'angoisse.

Mes craintes sont une barrière derrière laquelle je suis figé.