Chute et rechute

Je pensais que le pire était passé. De l'annonce aux différents deuils, en passant par les différents rendez-vous réguliers, les craintes du quotidien et de l'après. Je pensais que le pire était dernière nous après l'acte déclenché induit par l'IMG.

Il y aurait eu alors à attendre début juin pour un dernier rendez-vous médical douloureux pour ensuite pouvoir se projeter sereinement sur l'après. Avec en bonus les mois d'été pour se reconcentrer sur nous, notre couple, notre famille.

Quel con.

Quel con je fais.

Début juin n'a pas été la fin des temps de merde, mais le début de la psychose s'ajoutant à l'angoisse. Celle de l'annonce où on ne te parle plus que de génétique. Avec la jolie part d'incertitude que ça implique, le poids que cela ajoute sur ton couple déjà bien malmené. Il aura donc fallu quelques confirmations en juillet. Alors que tu imaginais quelques heures de rêveries en famille, les mains dans le sable à monter un château ou autour d'une table dans le jardin, tu te retrouves le cul vissé sur une chaise, au dernier étage de l'hôpital.

Le mec est une pointure, c'est certain. Il prend le temps de nous faire comprendre, de tout nous dire. "Mon objectif est qu'à l'issu de cet entretien vous en sachiez autant que moi". Trois heures. Trois longues heures à parler risques, pistes, hypothèses, avec quelques schémas à l'appuit. Ma femme est agitée, des craintes qu'elle a considérablement alimentées par sa compréhension du jargon médical - merci les études de bio et de trop longues recherches sur Internet. "J'ai besoin de rentrer dans les détails techniques pour comprendre et avancer, j'ai besoin de savoir".

Moi c'est l'inverse. Je suis limité dans mes envies et capacités de compréhension. Je ne veux pas tout comprendre, pas tout savoir. Je ne veux pas tout quantifier. Je n'ai pas besoin de savoir ce qui crâme en premier quand je met la main au feu pour savoir que ça brûle et qu'il faut être fondamentalement con pour recommencer. Ben ces trois heures et moi, c'était trop. Je me souviens de cette sensation en fin d'entretien; à mi chemin entre le drogué et l'alcoolique, la démarche titubante, la nausée et les mains tremblantes.

Les jours passent. De toute manière, tu as bien conscience qu'un truc s'est brisé. En tout cas pour ta compagne. Elle voulait tout savoir et ce n'était peut être pas la meilleur chose à faire. Avec comme premier truc qui aurait dû me faire tiquer, cette merde de premier réflèxe "Je vais voir sur internet". Mais je n'ai rien fais, j'étais peut être encore sonné par tout cela. Ou fuyant. Mais bordel. Quel con.

Quel con.